La Dame à la Licorne
Le silence visuel

C’est une expérience qui m'a marquée. J’avais 8 ans. Dans cette grande pièce circulaire, j’étais subjuguée par ces cinq majestueuses tapisseries qui vibraient de rouge et de mystère, comme dans un rêve. Et dès que j’en ai l’occasion, je retourne dans cette salle, et je me reconnecte à cette émotion, à ce trouble énigmatique qui me transporte.
Je serai toujours reconnaissante à notre maitresse de primaire d’avoir eu l’idée d’emmener notre classe visiter le musée de Cluny à Paris. Et ainsi de découvrir les tapisseries de La Dame à la Licorne. Cette série illustre les cinq sens ainsi qu’un mystérieux sixième panneau intitulé "À mon seul désir".
Parmi ces tapisseries, "L'ouïe" et "La vue" se prêtent particulièrement bien à une réflexion sur "écouter et voir".
Dans la tapisserie représentant l'ouïe, la Dame joue de l’orgue. L’œuvre invite à imaginer le son dans un médium, qui paradoxalement, ne produit aucun bruit. Peut-on parler d’une sorte de « silence visuel » ?
Dans le panneau consacré à la vue, la Dame tient un miroir dans lequel se reflète la Licorne. Ce moment explore la réflexion et la perception : le miroir est symbole de connaissance, d'introspection et d’illusion. Il pointe aussi la relation avec la Licorne : créature mythique, souvent associée à la pureté et à la quête spirituelle. Ici, la Licorne devient un pont entre le visible et l’invisible.
Ce panneau interroge aussi la nature de la vision : que voit-on réellement ? Est-ce une simple reproduction du réel, ou une quête de quelque chose de plus profond, comme le symbolisme ou la vérité intérieure ? le miroir de "La vue" peut également capter le spectateur dans un état de contemplation "silencieuse".
Les tapisseries de La Dame à la Licorne ne se contentent pas de représenter les sens de manière descriptive. Elles proposent une méditation, où écouter et voir ne sont pas des actes séparés, mais des portes d’entrée vers une compréhension plus profonde du monde et de soi-même.
